jeudi 2 juin 2016

M Train


M Train de Patti SMITH
[ 259 p. - Gallimard - 2016 ]

Quatrième de couv'
...

Et à la lecture, ça donne..?

En commençant la lecture de ce livre, je me suis dit que j'aurais peut-être dû l'acheter en V.O.. J'avais l'impression de ne pas vraiment lire Patti Smith, sans doute parce que j'ai trop l'habitude de l'entendre chanter en anglais. Mais j'ai fini par me laisser porter par ses mots pour mon plus grand plaisir. En la lisant, j'ai eu l'impression de la suivre discrètement, sans la déranger, dans ses souvenirs, je buvais un café quand elle en buvait, je souriais lorsqu'elle semblait sereine. 
Pas d'intrigue dans ce livre, pas de scène d'action incroyables, pas de vie de rock star pleine de paillettes. Juste les souvenirs d'une femme simple. M Train est un voyage calme aux côtés de Patti Smith dans sa vie de tous les jours et dans sa nostalgie. Un bijou rempli de poésie. Beaucoup de références aux auteurs qu'elle aime, à la musique aussi, ce qui m'a permis de faire de jolies découvertes musicales. 
Je n'ai pas grand chose à dire sur ce livre, le seul moyen de s'en faire une idée, c'est de le lire. Je vous le conseille donc très chaudement.


Un petit extrait qui fait plaisir
Tel Gumby, j'entrais corps et âme dans un livre et me laissais parfois tellement emporter que j'avais l'impression de vivre à l'intérieur du livre. Il y en a tant que j'ai terminés de la même manière : dans un état d'extase, sans pour autant me souvenir du contenu une fois rentrée à la maison. Cela me perturbait, mais je me gardais bien de faire part à qui que ce soit de cette étrange affliction. Je regarde les couvertures de ces livres et leur contenu demeure un mystère que je ne peux me résoudre à élucider. Il y a certains livres que j'ai adorés et dans lesquels j'ai vécu, et pourtant je ne m'en souviens pas.

En trois mots
Poétique, nostalgique et touchant.

lundi 22 février 2016

Sévère


Sévère de Régis JAUFFRET
[ 160 p. - Seuil - 2010 ]

Quatrième de couv'
Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux.

Et à la lecture, ça donne..?
Sévère est le livre à l'origine du film "Une histoire d'amour" dans lequel on retrouve Benoit Poelvoorde et Laetitia Casta dans les deux rôles principaux. Film que je n'avais pas du tout apprécier. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ça, concentrons-nous donc sur ce qui nous intéresse : le livre ! J'ai lu ce livre en une journée et il me laisse un petit arrière-goût amer. Sans doute parce que chacun des personnages du livre m'a exaspéré au plus haut point. La narratrice est détestable. Elle a beau nous raconter les horreurs vécues durant son enfance, je n'ai pas réussi un seul instant à lui trouver quelque chose de sympathique. Pareil pour son milliardaire d'amant. Insupportable de froideur, de cruauté. Lui aussi a eu une enfance difficile, et les séquelles sur son état mental sont nombreuses et importantes. Mais, encore une fois, rien n'a réussi à me le rendre sympathique, pas même ses pires moments de faiblesse durant lesquels il se blottissait, sanglotant, contre sa maîtresse.. Enfin, le mari, qui est très présent dans l'histoire d'une certaine manière. Un homme qui accepte que sa femme aille voir ailleurs et utilise son argent à lui pour faire des cadeaux à son amant, je ne peux pas comprendre et encore moins cautionner. Elle le fait dormir dans la chambre d'amis, refuse qu'il la touche de quelque manière que ce soit, le méprise ouvertement et il ne bronche pas. C'est le comportement d'un homme sans fierté, sans estime de lui-même. Tout le long du récit, je n'avais qu'un mot qui me venait en tête lorsqu'il apparaissait : loque.
Comme vous l'aurez compris, les personnages m'ont insupportée. Néanmoins, je dois bien avouer que cette lecture a réussi à me séduire par d'autres aspects. Ne serait-ce que par les mots crus mais bien dosés que l'auteur utilise. Les scènes décrites ne sont pas lourdes, il ne les fait pas durer des pages et des pages, il va droit au but et ça fonctionne. L'histoire m'a beaucoup intéressée et tout de même touchée à certains moments. J'aurais bien aimée qu'elle soit un peu plus approfondie et, d'un autre coté, je pense que ce format court était ce qui convenait le mieux. J'ai aussi trouvé le coté SM très réaliste et absolument pas édulcoré, ce qui pour moi est une grande qualité (parce que je n'en peux plus de voir partout ces romances estampillées BDSM qui ne connaissent de ces pratiques que le nom, et encore... hum, passons...). Les pratiques décrites peuvent choquer les lecteurs les plus sensibles, ça n'a pas été mon cas.
Sur ce, pour résumer ma pensée, j'ai beaucoup aimé la forme et le fond mais j'ai détesté les personnages. Mais j'admets tout à fait que si les personnages n'avaient pas été si détestables, l'histoire n'aurait sans doute pas été la même et n'aurait peut-être pas été aussi savoureuse.

Un petit extrait qui fait plaisir
Il s'est mis à rire. Je n'ai jamais aimé qu'on rie. L'humour m'est étranger. Je n'ai jamais rien compris aux blagues. J'ai su dès mon enfance que la vie était une histoire sérieuse. Vivre est une odyssée. On doit savoir quelles sont ses armes, et apprendre à connaître les failles dans l'armure des autres. Le charme est une stratégie. Quand on n'a pas vu le jour dans le camp des gagnants, attaquer l'ennemie de front entraînerait une inéluctable déroute.
En trois mots
Cru, dérangeant et intrigant.

mercredi 17 février 2016

Journal d'un vampire en pyjama


Journal d'un vampire en pyjama de Mathias MALZIEU
[ 240 p. - Albin Michel - 2016 ]

Quatrième de couv'
Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.

Et à la lecture, ça donne..?
Je ferme à peine le livre. Et j'ai la sensation que si je n'écris pas mon ressenti maintenant, je ne le ferai jamais. C'est un besoin urgent bien plus qu'une envie pressante. Pareil à ce que j'ai ressenti en le voyant trôner en librairie, puis en le lisant. Mathias Malzieu nous offre, dans ce journal de bord, ses pensées les plus tristes comme les plus optimistes. Il nous décrit son combat contre une maladie qui lui tombe dessus sans crier gare, une claque dans la gueule dont la douleur persiste de longs mois. Comme toujours, ses lignes sont pleines de poésie, de douceur et de sourires qui s'esquissent. Ses métaphores sont superbes et ses jeux de mots impressionnants d'ingéniosité. 
Pourtant allergique à tout ce qui touche au milieu hospitalier et aux maladies, j'ai dévoré ce livre, en ai apprécié et savouré chaque mot du premier au dernier. Contrairement à ce que je craignais, je ne me suis pas sentie comme une voyeuse, je n'ai pas eu l'impression de m'introduire de force dans la vie de quelqu'un. Grâce à la poésie qui plane, mais grâce aussi à une certaine pudeur dans ses mots qui nous empêche de vouloir en savoir plus que ce qu'il nous dit. On est heureux de tenir une tranche de sa vie entre nos mains, heureux de savoir, avant de l'avoir lu, que ça se termine bien. Je ne dirai rien de Dame Oclès. Je vous laisse écouter sa chanson et lire le livre pour la découvrir. 
J'ajouterai pour terminer, qu'on oublie vite la chance qu'on a d'aller bien, de pouvoir attraper un rhume ou la grippe sans s'inquiéter plus que ça. Personne n'est à l'abri de rien et les mots de Mathias Malzieu sont autant de piqures de rappel.

Un petit extrait qui fait plaisir
Tous les jours, Rosy traverse la ville et vient me sourire du bout des yeux. Avec son masque, sa charlotte et sa blouse de chirurgien, on dirait une pâtisserie sous vide qu'on me fait passer sous le nez sans même que je puisse humer son parfum de fleur d'oranger. Je me demande quand je pourrai la toucher, ne serait-ce que l'effleurer. Je ne sais même plus ce que ça fait, le contact de sa peau. Elle rigole quand je lui dis que je ressemble à un hamster. "Tu es très beau", dit-elle. Je sais bien que non, mais c'est bon quand même.
Quand les batteries de l'espoir se vident, elle se transforme en chargeur et remet mon coeur en route. La machine à pétiller de l'esprit s'ébroue par petits spasmes avant de retomber dans le sommeil lorsqu'elle disparait dans le sas.

En trois mots
Touchant, poétique et humain.

Petit bonus musical

dimanche 17 janvier 2016

Alan Rickman


J'étais dans le bus lorsque j'ai appris la nouvelle. Je n'arrivais pas à y croire. J'ai laissé échapper quelques larmes, le front contre la vitre sale. J'ai attendu quelques jours avant d'écrire cet article pour digérer l'info, pour y croire vraiment aussi. 

Alan Rickman, c'était l'acteur que j'idolâtrais depuis mes 10 ans. Découvert, comme beaucoup, dans le rôle du professeur Rogue dans la saga Harry Potter, il m'a époustouflée dans tous les autres films que j'ai eu l'occasion de voir. La plupart que j'ai vu, d'ailleurs, uniquement parce que son nom apparaissait au casting. 

C'est un peu dur d'écrire sur un homme que je ne connaissais pas, mais qui a toujours eu une petite place à part dans ma vie. Je n'ai pas envie d'inonder cet article de clichés dignes d'une groopie/fangirl que je ne suis pas. J'ai toujours eu un grand respect pour lui, et une admiration sans limite. Parce que, ce qu'il faisait, il le faisait à la perfection. Parce qu'il n'était pas né avec une cuillère en argent dans la bouche et qu'il a donc dû prouver ce qu'il valait et arriver où il en était arrivé à la seule force de son talent et de sa détermination. J'ai passé tant d'heures à le regarder, à écouter sa voix hors du commun, à attendre ses prochains films avec une impatience grandissante durant ces treize dernières année que j'ai toujours du mal à réaliser qu'après les deux derniers films auxquels il a participé, je ne connaitrai plus l'excitation qui m'habitait. Je n'ai jamais compris le manque d'engouement de la part du grand public. Sans doute la vieille question des goûts et des couleurs.


Enfin, je n'oublie aucun de ses rôles, tous aussi importants les uns que les autres, tous interprétés de façon brillante. Et s'il a joué un professeur Rogue comme personne d'autre que lui n'aurait pu le faire, ce fut le cas pour tous ses autres personnages. Il était le seul à pouvoir leur donner tant de présence et d'intensité. 

N'ayant rien à ajouter, mais ne voulant pas terminer cet article sur ces mots, je reposte ici les mots de Daniel Radcliffe qui ont su me toucher et me faire comprendre que derrière l'acteur de talent se cachait un homme plus que respectable. 
"Alan Rickman is undoubtedly one of the greatest actors I will ever work with. He is also, one of the loyalest and most supportive people I’ve ever met in the film industry. He was so encouraging of me both on set and in the years post-Potter. I’m pretty sure he came and saw everything I ever did on stage both in London and New York. He didn’t have to do that. I know other people who’ve been friends with him for much much longer than I have and they all say “if you call Alan, it doesn’t matter where in the world he is or how busy he is with what he’s doing, he’ll get back to you within a day”. People create perceptions of actors based on the parts they played so it might surprise some people to learn that contrary to some of the sterner(or downright scary) characters he played, Alan was extremely kind, generous, self-deprecating and funny. And certain things obviously became even funnier when delivered in his unmistakable double-bass. As an actor he was one of the first of the adults on Potter to treat me like a peer rather than a child. Working with him at such a formative age was incredibly important and I will carry the lessons he taught me for the rest of my life and career. Film sets and theatre stages are all far poorer for the loss of this great actor and man."


"It is never too late to change your mind. 
The important thing is to do everything with love."
- Alan Rickman

mardi 12 janvier 2016

Dora la dingue


Dora la dingue de Lidia YUKNAVITCH
[ 262 p. - 10/18 - 2012 ]

Quatrième de couv'
Dora est allergique au moindre geste d'affection. Le hic : elle aime secrètement sa meilleure amie, et c'est réciproque. La poisse : ses parents l'envoient consulter. La guerre est déclarée. Entre ses séances farfelues avec son psy et les frasques provocantes de sa drôle de bande, Dora entend bien contrer le moralisme ambiant pour affirmer sa différence, dans un joyeux fracas. Un hymne déjanté à l'adolescence et aux névrosés de tous bords, contés par la petite sœur spirituelle du Tyler Durden de Fight Club. Punk, féministe, hilarant : inoubliable.

Et à la lecture, ça donne..?
Dora, c'est l'ado révoltée, blasée et chiante que personne n'a envie de supporter. C'est la fille paumée, défoncée les trois quarts du temps à qui il est impossible de faire entendre raison. Le style de petite rebelle emmerdeuse que j'aurais sans doute aimé oser être, quand j'avais encore l'âge. Pas seulement parce qu'on a les mêmes Doc Martens, non. Mais parce qu'en lisant ce bouquin, en lisant ses pensées, à plusieurs reprises, je me suis dit : "merde, fait chier, il est trop tard pour moi, je ne peux plus faire ce genre de conneries qu'on ne pardonne qu'aux ados". Mais Dora c'est aussi une passionnée qui met tout ce qu'elle est, ce qu'elle a et ce qu'elle voit dans son art : le cinéma. Et c'est sans doute ce qui m'a touchée aussi.
Après ces quelques lignes, il est évident qu'il s'est passé un truc entre elle et moi. Mais passons.
L'écriture de l'auteur m'a fait l'effet d'une bouffée d'air frais, du style une journée d'hiver à la mer. Un bien fou, quoi. Langage cru, grossier, vulgaire, tout ce qu'on veut, mais tellement rafraichissant, ça se lit tout seul. Tout passe, parce que c'est du cru-grossier-vulgaire bien écrit. Le rythme est là, ça ne ralentit jamais, ce n'est jamais lent, ni long. Du premier au dernier mot, on est emporté.
Je n'ai pas envie de parler de la bande d'amis, ni du psy, j'ai trop aimé les découvrir seule, comme une grande et n'ai donc pas envie de gâcher le plaisir de ceux qui le liront. 

Et pour terminer, un petit extrait qui fait plaisir.
Filles d'Eve. Grave. C'est moi. Je ne vois pas Eve comme une pauvre conne qui s'est fait piquer par un serpent. Pour moi, Eve, elle envoie du bois. Je pense qu'elle a montré à Adam ce qu'il fallait faire avec sa bite, et que sans elle il serait entrain de l'enfoncer dans un trou de maille, un cul de chèvre ou un rémora. Sans Eve, Adam n'est qu'un mec planté là, sa bite à la main.
En trois mots
Puissant, drôle et dingue!