lundi 22 février 2016

Sévère


Sévère de Régis JAUFFRET
[ 160 p. - Seuil - 2010 ]

Quatrième de couv'
Je l'ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Il m'a initiée au maniement des armes. Il m'a fait cadeau d'un revolver. Je l'ai abattu d'une balle entre les deux yeux.

Et à la lecture, ça donne..?
Sévère est le livre à l'origine du film "Une histoire d'amour" dans lequel on retrouve Benoit Poelvoorde et Laetitia Casta dans les deux rôles principaux. Film que je n'avais pas du tout apprécier. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ça, concentrons-nous donc sur ce qui nous intéresse : le livre ! J'ai lu ce livre en une journée et il me laisse un petit arrière-goût amer. Sans doute parce que chacun des personnages du livre m'a exaspéré au plus haut point. La narratrice est détestable. Elle a beau nous raconter les horreurs vécues durant son enfance, je n'ai pas réussi un seul instant à lui trouver quelque chose de sympathique. Pareil pour son milliardaire d'amant. Insupportable de froideur, de cruauté. Lui aussi a eu une enfance difficile, et les séquelles sur son état mental sont nombreuses et importantes. Mais, encore une fois, rien n'a réussi à me le rendre sympathique, pas même ses pires moments de faiblesse durant lesquels il se blottissait, sanglotant, contre sa maîtresse.. Enfin, le mari, qui est très présent dans l'histoire d'une certaine manière. Un homme qui accepte que sa femme aille voir ailleurs et utilise son argent à lui pour faire des cadeaux à son amant, je ne peux pas comprendre et encore moins cautionner. Elle le fait dormir dans la chambre d'amis, refuse qu'il la touche de quelque manière que ce soit, le méprise ouvertement et il ne bronche pas. C'est le comportement d'un homme sans fierté, sans estime de lui-même. Tout le long du récit, je n'avais qu'un mot qui me venait en tête lorsqu'il apparaissait : loque.
Comme vous l'aurez compris, les personnages m'ont insupportée. Néanmoins, je dois bien avouer que cette lecture a réussi à me séduire par d'autres aspects. Ne serait-ce que par les mots crus mais bien dosés que l'auteur utilise. Les scènes décrites ne sont pas lourdes, il ne les fait pas durer des pages et des pages, il va droit au but et ça fonctionne. L'histoire m'a beaucoup intéressée et tout de même touchée à certains moments. J'aurais bien aimée qu'elle soit un peu plus approfondie et, d'un autre coté, je pense que ce format court était ce qui convenait le mieux. J'ai aussi trouvé le coté SM très réaliste et absolument pas édulcoré, ce qui pour moi est une grande qualité (parce que je n'en peux plus de voir partout ces romances estampillées BDSM qui ne connaissent de ces pratiques que le nom, et encore... hum, passons...). Les pratiques décrites peuvent choquer les lecteurs les plus sensibles, ça n'a pas été mon cas.
Sur ce, pour résumer ma pensée, j'ai beaucoup aimé la forme et le fond mais j'ai détesté les personnages. Mais j'admets tout à fait que si les personnages n'avaient pas été si détestables, l'histoire n'aurait sans doute pas été la même et n'aurait peut-être pas été aussi savoureuse.

Un petit extrait qui fait plaisir
Il s'est mis à rire. Je n'ai jamais aimé qu'on rie. L'humour m'est étranger. Je n'ai jamais rien compris aux blagues. J'ai su dès mon enfance que la vie était une histoire sérieuse. Vivre est une odyssée. On doit savoir quelles sont ses armes, et apprendre à connaître les failles dans l'armure des autres. Le charme est une stratégie. Quand on n'a pas vu le jour dans le camp des gagnants, attaquer l'ennemie de front entraînerait une inéluctable déroute.
En trois mots
Cru, dérangeant et intrigant.

mercredi 17 février 2016

Journal d'un vampire en pyjama


Journal d'un vampire en pyjama de Mathias MALZIEU
[ 240 p. - Albin Michel - 2016 ]

Quatrième de couv'
Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.

Et à la lecture, ça donne..?
Je ferme à peine le livre. Et j'ai la sensation que si je n'écris pas mon ressenti maintenant, je ne le ferai jamais. C'est un besoin urgent bien plus qu'une envie pressante. Pareil à ce que j'ai ressenti en le voyant trôner en librairie, puis en le lisant. Mathias Malzieu nous offre, dans ce journal de bord, ses pensées les plus tristes comme les plus optimistes. Il nous décrit son combat contre une maladie qui lui tombe dessus sans crier gare, une claque dans la gueule dont la douleur persiste de longs mois. Comme toujours, ses lignes sont pleines de poésie, de douceur et de sourires qui s'esquissent. Ses métaphores sont superbes et ses jeux de mots impressionnants d'ingéniosité. 
Pourtant allergique à tout ce qui touche au milieu hospitalier et aux maladies, j'ai dévoré ce livre, en ai apprécié et savouré chaque mot du premier au dernier. Contrairement à ce que je craignais, je ne me suis pas sentie comme une voyeuse, je n'ai pas eu l'impression de m'introduire de force dans la vie de quelqu'un. Grâce à la poésie qui plane, mais grâce aussi à une certaine pudeur dans ses mots qui nous empêche de vouloir en savoir plus que ce qu'il nous dit. On est heureux de tenir une tranche de sa vie entre nos mains, heureux de savoir, avant de l'avoir lu, que ça se termine bien. Je ne dirai rien de Dame Oclès. Je vous laisse écouter sa chanson et lire le livre pour la découvrir. 
J'ajouterai pour terminer, qu'on oublie vite la chance qu'on a d'aller bien, de pouvoir attraper un rhume ou la grippe sans s'inquiéter plus que ça. Personne n'est à l'abri de rien et les mots de Mathias Malzieu sont autant de piqures de rappel.

Un petit extrait qui fait plaisir
Tous les jours, Rosy traverse la ville et vient me sourire du bout des yeux. Avec son masque, sa charlotte et sa blouse de chirurgien, on dirait une pâtisserie sous vide qu'on me fait passer sous le nez sans même que je puisse humer son parfum de fleur d'oranger. Je me demande quand je pourrai la toucher, ne serait-ce que l'effleurer. Je ne sais même plus ce que ça fait, le contact de sa peau. Elle rigole quand je lui dis que je ressemble à un hamster. "Tu es très beau", dit-elle. Je sais bien que non, mais c'est bon quand même.
Quand les batteries de l'espoir se vident, elle se transforme en chargeur et remet mon coeur en route. La machine à pétiller de l'esprit s'ébroue par petits spasmes avant de retomber dans le sommeil lorsqu'elle disparait dans le sas.

En trois mots
Touchant, poétique et humain.

Petit bonus musical